29/8/2009 - La bad Luck
Ça faisait longtemps, ça fait lon.. |
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C'était comme quand sa mère lui avait finalement permis de prendre la voiture. La même chose. Le sourire, la démarche fière -et pourtant-, l'assurance, tout était comme lorsqu'il avait pu aller chercher du lait avec l'auto. Dans un blizzard de noir d'hiver, mais à peine froid, seulement très obscur, Jacques c'était perdu. Les cartes de l'endroit ne lui disaient rien, pas plus que les noms dessus, qui ne se reproduisait pas devant lui. Il n'y avait pas de jolie Rue des Myrtilles, de Rue des Églantiers, de Rue Charnelle; non, c'était seulement la route, l'automatique, l'autoroute, devant lui, à 100 à l'heure, ou dans les environs, et le noir que perçait par peine ses phares, maudite lumières de compagnie. Jacques détestait son nom, osti de nom lette Jacques, pensait-il souvent, c'est tellement vieux, pis brun, pis poilu, que je suis certain que y'a personne qui voudrait écrire d'histoire avec un Jacques. Sauf Tob, mais lui il conte pas. C'est bien ça qu'il se disait, Jacques, l'apôtre déchu dans la nouvelle noirceur, celle des autoroutes en panne d'électricité, celle des imbéciles qui ne savent pas retrouver leur chemin. Quoiqu'il en soit, sa propre appellation l'intéressait moins pour le moment que de se retrouver dans ce foutu bourg il n'avait jamais voulu être. Faux. Il adorait se mentir jusqu'à ce que ça émane de lui, jusqu'à ce qu'on ait l'impression qu'il mentait pour vrai. Qu'il disait vrai lorsqu'il disait faux. C'était un bon menteur, en somme. Il avait ardemment voulu y aller, dans ce foutu bourg, près du milieu des terres. C'était le genre d'endroit qui, lorsqu'on l'observait de loin, paraissait perdu dans le monde même, sans sud ni nord ni ouest ni l'autre; et qui lorsqu'il était étudié de près, donnait cette même impression d'incohérence métaphysique. Les ruent suintait la stabilité des montagne, mais les gens dessus n'allait nulle part. Du moment où le petit restaurant ouvrait jusqu'au coucher du soleil, les habitants habitaient vraiment leurs ville, la hantaient pour ainsi dire. L'instabilité dans le roc, la tête du sage qui tourne, l'osti de village trou qui accueillerait un festival. Jacques n'adorait pas particulièrement les fêtes de ce genre, et justement, bien que ce bourg soit ce qu'on pourrait sans nul doute nommer "un osti de village trou", il ne possédait pas son propre festival. Jacques n'aimait pas grand chose, mais ça lui plaisait comme village. Il avait demandé depuis longtemps à sa femme Marie-Madeleine, de s'y installer, elle et lui, en amoureux qu'ils étaient. Il demandait, et elle se chargeait d'accepter ou le contraire. Lorsqu'elle avait fini par dire oui, lorsque les arguments de Jacques avait fini par la contraindre (tu va enfin pouvoir te faire oublier un peu du monde, après tout ce que tu as fait -madame n'avait pas de passé bien réglé- en plus tu vas pouvoir te reposer un peu, avant le début du procès -madame n'avait définitivement pas réglé son passé) à venir s'installer au bourg. Suite à cette acceptation, Jacques s'était senti comme la première fois où il avait pu prendre la voiture de maman, quand elle lui avait tendu les clés, en prenant bien soin de retarder le plus le moment où ils atteindraient sa main de chauffeur persuadé de ses capacités. Pareil. Mais la, dans l'osti de blizzard, Jacques regrettait amèrement ses sophismes, et violentait de plus en plus le volant, qui le menait toujours droit, même sans lui, même sans ses mains, règle de la nature. Un dispositif rotatif, une fois lancé, tend à résister au changement de son orientation. C'est dit. Le mouvement ne tendit cependant pas, car Jacques ralentit bientôt jusqu'à l'arrêt complet. Il s'arrêta en plein milieu de l'autoroute, en prenant bien soin de ne pas se ranger d'un côté plus que d'un autre, et éteignit le moteur. Il ne bougea pas pendant un instant, la main encore sur la clé, le regard en loin, le souffle lent comme jamais. Le blizzard résonnait étrange sur la carrosserie de la voiture. Un Honda 95. C'était peut-être la marque. Le blizzard, étrange forme d'une étrange chose. Le blizzard, qui sonne étrange sur les carcasses de Honda 95.
Puis, tout d'un coup, sans préavis ni rien du genre, le temps a couru et tout s'est passé rapidement. Jacques est sorti de sa voiture, a refermé la porte, a réalisé qu'il avait encore les clés dans les mains, les a balancé dans le noir du fossé, a réalisé que la porte de la voiture était fermé, a commencé à grelotté dans son manteau fait pour tout sauf pour ces circonstances là , a attendu tout de même. Il a attendu, mais rapidement, même quand on gèle et que le temps est long on peut attendre rapidement, alors il a attendu, la face au grand vent, comme celui qui veut comprendre quelques chose. C'était peut-être ça. À un moment, il a levé les mains, puis les a rabaissé, parce qu'il avait l'air fou, même dans le noir, même dans la tempête, même tout seul. Le visage cependant continuait de craqué à force de coup de froid. Puis, encore rapidement, des lumières au loin, il ne les voit pas, puis il les voit peu, puis il les voit c'est indéniable. Il se range sur le côté, assez loin pour éviter un tête à queue d'amplitude moyenne. Mais la voiture, en frappant la sienne, fait plutôt un espèce de tonneau, par en avant, mais retombe sur le coté, étrangement. Peu importe la figure, ça fait powf, et fort, puis les lumières s'éteigne, et Jacques a encore le visage au vent au ciel un moment. Puis il l'abaisse et voit un homme, probablement le chauffeur, sorti de la voiture capotée. L'homme porte sur son visage les traces de l'accident, évidemment. Il voit Jacques qui est devenu impassible depuis cinq heure, et semble l'implorer plutôt que de lui en vouloir. Peut-être ne sait-il pas que c'est lui le fautif dans l'histoire. Jacques n'en peut plus de cette pitié, de ce sentiment qui lui brise le coeur, de cette aumône si bassement demandé. Il termine le travail de la collision et l'homme tombe par terre, sans powf, parce qu'il y a beaucoup de neige sur la chaussée qui n'a pas été ramassée. Jacques regardent une dernière fois la nuit. Son regard réussi tout de même à le transporter jusque dans le fossé où il avait laissé ses clés, mais comme nous ne sommes pas dans un film, il ne les retrouve pas. Il trouve plutôt qu'il s'endort, énormément tout d'un coup. Il se couche en ange dans la neige, fait quelques rotations avec sa bras et ses jambes pour compléter le dessin, et s'endort. Définitivement.
Sa femme était une folle qui avait couché avec son meilleur ami. Il s'était reclu dans un village retiré d'on ne sait trop où. Il écrivait plus qu'il ne parlait. Ça a été assez pour conclure à ce que tout le monde croyait. Peut-être était-ce réellement le cas. Pour ma part, je crois seulement qu'il voulait comprendre, juste un peu, et que ce fut juste une bad luck. Mais au fond, Dieu seul le sait.
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