24/5/2009 - Le bleu moulant de sa robe
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Un sprite léger, deux hot-dogs all-dressed.
Marine, ses grands yeux regardant droit où il faut, lui avait dit ça comme on passe une commande. Normal, s'en était une. Moi, j'étais devant elle, à lui tenir la main comme un nouvel amoureux qui n'est pas encore certain et qui a besoin d'une main pas trop loin pour le pincer assez souvent. J'était pathétique. Et je ne mangeais pas parce que j'étais sans le sous.
La semaine qui vient de passer n'a pas été de tout repos. Le char m'a lâché comme il en a l'habitude, il m'a lâché là où il fallait pas. Le trafic du matin, le voie du centre, les yeux encore bouffis qui me froncent leurs sourcils. Moi qui attend la maudite dépanneuse qui ne vient jamais assez vite mais qui coûte toujours trop cher. Mais si la semaine n'avait été que ça. Mais comme on lit pour se divertir, on écrit aussi, du moins on essais, du moins on essais de se le faire croire. En fait je ne crois rien du tout, tout ça me fait souffrir. Reste que parler de ses comptes, s'étaler le chèque en blanc devant tout le monde, c'est pas le comble de la grande littérature.
Les yeux dans la graisse des frites qui venaient avec les hot-dogs, je la regarde m'affamer. J'ai encore la main tendue vers la sienne qui tient sa bouffe à deux main. C'est un chien qui me la volée. Le resto est rempli à rebord d'un malaise. Il y a dans la place plus de désolations que dans les écoles secondaires. Il faut dire que l'éclairage n'aide à rien, que la radio mal antenné n'aide à rien, que le menu Pepsi n'aide à rien, que les bancs en fausse cuirette n'aident à rien, que les déchirures sur ceux-ci n'aident à rien, que les dentiers qui ne savent pas manger n'aident à rien, que la clochette de la porte n'aide à rien, que le journal du Québec beaucoup trop convoité n'aide à rien, que la crasse qui sert de décoration de base n'aide à rien, que la bouteille de ketchup rouge n'aide à rien, que son bec mal coupé n'aide à rien, que la mayo n'aide à rien, que tout n'aide en rien la vision qu'on se fait des pauvres gens qui mangent. Monsieur Thibodeau n'a pas encore fini son café. Lucette vient encore remplir la panse de ses trois flos. Gilles cache encore de la bière. Siméon, bien que les précédents nommés n'étaient pas tellement propres, pue le swing d'un homme qui n'en a plus. Le plastreur du coin, il n'a pas de nom sinon le plastreur, étends sa misère ben droite à ses voisins de table. Mais moi, moi qui essaie encore de prendre la main de Marine qui déguste, je demeure encore le plus pathétique de tous. Marine a l'air bien à l'aise dans la place, pas qu'elle s'y fonde nécessairement, mais elle s'adapte sans trop jurer. Elle passe sans coller. Elle a compris. Ou n'a rien compris du tout. Mais elle aime tout de même ses hot-dog.
À l'extérieur une voiture explose. Je me suis rassis droit sur le banc. J'ai arrêté de parler. D'essayer de parler. J'ai le regard vide sur mon assiette absente. La voiture brûle. C'est un vrai accident qui arrive. Les gens sortent du resto, normal. On veut voir ce qu'il en est. On veut voir les morts.
Tous sortent, les serveuses, les flos de Lucette, son gros derrière aussi, Gilles, Gérard, Bertrand, Simonette, Antoinette, Marie-Ange, Tremblay, Marine.
Marine sort et c'est normal. Y'a une voiture dehors qui vient d'exploser. C'est peut-être un attentat! Ils vont sûrement en parler aux nouvelles. Faut ben aller voir. Marine sort, je regarde ses petites fesses dans sa robe bleu sortir. Moi je reste assis. J'en ai rien à cirer. Mon égocentrisme a pris de tels dimensions que j'en suis rendus à ne plus me soucier des explosions, comme si c'était fréquent par chez nous. Comme si on peut se permettre de passer outre un événement comme celui-là par chez nous.
Ben oui. Tout ce à que je pense, c'est Marine, son parfum, ses petites fesses bleues, ses yeux là où il faut, ses mains douces qui tiennent même le junk-food avec volupté. Le plus terrible, c'est que je suis déçu. J'ose à peine le dire, mais j'aurais aimé qu'elle accorde plus d'attention à moi qu'à l'explosion de la voiture.
Mais ce n'est pas le cas. Pourtant c'est normal. Mécène nez palin K. Pouris temps sel norme hall. Je me perds encore dans les mots. C'est comme si il y en avait tellement que je ne savais plus quoi en faire.
Chez elle, au nouvelle du soir, Marine a pu dire à ses parents qu'elle était là , quand la voiture a explosé. C'était la mienne. On en voulait à ma vie. Je n'avais plus un sous. Il fallait que je paie.
À oublier sa voiture, on oublie qui on est. Les bases d'un moi que j'avais travaillé si longtemps à édifier, mais je parle comme une psycho-pop, a explosé en même temps que ma voiture. La mitraille qui me fusille le coeur est pourtant resté en vie. Elle porte une robe bleu moulante.
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