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La thème pourrait bien être le blé ou la nature nocturne mais il reste incertain

23/5/2009 -

La thème pourrait bien être le blé ou la nature nocturne mais il reste incertain

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Il fait pas trop clair, juste assez sombre. Tout le sombre là où il faut, le contraire va dans le même sens, c'est paradoxal mais ça fonctionne. Le clic de l'obturateur se fait ouïr. Le temps se fait silence. L'obturateur se ferme. Beaucoup de trop, beaucoup de temps, beaucoup trop de temps entre les deux. Le silence qui fait que personne ne bouge, le silence qui nécessite plus l'immobilité que le silence. Deuxième paradoxe, mais ça fonctionne. Les paradoxes fonctionnent, ils sont nécessaires, de la vient que la photo est un art.
Pendant ce temps je pense à elle, qui n'est point dans l'objectif, sinon dans le miens, mais je n'aime pas parler comme ça, et à vrai dire, je ne me considère pas comme un homme à objectif. Ceux qui ont comme objectif les femmes sont subjectif dans leur respect. Sans me considérer comme un homme respectueux, je ne crois pas être comme ça. Ceux-là savent quoi faire devant le défi, ceux-là se parfument pour réussir. Moi, je ne considère pas assez les femmes généralisables, fonctionnalisables, pour qu'elle deviennent un défi, une proie, un but. Elle m'est arrivée dessus et c'est tout. Je suis pris avec le trou qu'elle a laissé en tombant.
Elle se trouve loin. Loin de moi, près de d'autres, près d'une infinité de trucs qui sont aussi loin de moi qu'elle. Ah! Relativité quand tu nous tiens, on peut faire des phrases qui ne se finissent jamais. Absolument jamais. Reste qu'elle est pas là, du moins pas dans un rayon qui me permettrait de la prendre, de la surprendre à la rigueur. Tout ce qui demeurent, ce sont ces choses qu'elles m'a fait découvrir, et qui sont devenues chefs d'oeuvres parce qu'elle leurs a servi de prélude.
La photographie ne l'a jamais dit, mais les yeux derrières l'ont tous pensé. Certains sujets sont plus plaisants que d'autres à mettre, sur la pellicule je veux dire. Mais je vulgarise, et il faut à tout prix éviter cela. Contentons-nous donc de dire que les plus beaux yeux font les plus belles photos, peut-importe ce qu'on en dira. La photo ne prétend point atteindre plus que la couche, pas plus que mon père n'osait parler d'amour.
Mais si l'angle de vue se retourne, et qu'on oublie le photographe quelques instants, la perspective devient alors toute différente, plus ouverte, plus ensoleillée, plus de mauvais goût mais cependant plus populaire. Cessez donc de vous plaindre alors! La perspective, dis-je, s'ouvrira, et la photo ne reproduira plus seulement la carcasse, aussi royale soit-elle, du modèle, aussi chaud soit-il, aussi parfait soit-il, mais elle présentera l'entièreté d'un être, sa poche à sentiment autant que ces poches dessous les yeux. Mais je me relis, et je suis d'un ennuis. J'écris comme Hugo, les histoires en moins, le dessein en moins, la profondeur en moins, l'utilité en moins, le talent en moins. J'arrêterai donc comme ça, sans terminer, sans conclure. Mais voilà que je me compare à Hugo! Pardonnez-moi mon impudence, et reprenons où il faisait encore bon lire.
Nous reprendrons donc à la fin du paragraphe qui se terminait ainsi : "Tout ce qui demeurent, ce sont ces choses qu'elles m'a fait découvrir, et qui sont devenues chefs d'oeuvres parce qu'elle leurs a servi de prélude."
La photo a fait clic. Elle est enfin dans la boîte. La maudite photo qu'il me fallait. La bonne femme m'avait dit qu'il fallait respecter le thème. Les juges accordent beaucoup d'importance au respect du thème. Les jugent vont se fier au thème. Les juges jugent que le thème est primordial dans un concours. Il faut que je plis devant les juges. Ils auront au moins un complet, j'espère. Il est difficile de se donner autant de pouvoir sans être bien habillé et chaussé convenablement. Voilà peut-être pourquoi la sérieux ne s'est jamais épris de moi. Mais je suis un artiste, et la providence ne nous a donné la possibilité de réfléchir qu'à deux chose : ce qui est cool et ce qui est amusant. Au delà de ça, on peut bien manger nos bas et porter des tuques en été. Le concours donc, se complaît à nous priver de la liberté totale, et nous impose comme thème le récurant, celui qui reste même si on frotte, toujours le même.
J'en suis à me demander pourquoi je participe à ce maudit concours quand je m'aperçois que la photo est déjà faite. La providence a peut-être raison, mais la nécessité d'avoir son moment, son moment où quelqu'un, peut-importe, un madame de campagne, une plus vieille encore dans sa maison de vieux, un jeune ça serait bien, un cultivé encore mieux, sentira que ses doigts se crispent sur eux-même parce qu'il sera jaloux, est encore plus alléchante que le destin. Ah! Phrases longues et obscures comme la vie, vous seul savez l'utilité de prendre une pause. Apprenons à virguler, à se relire même, et alors nous nous rendrons compte à quel point tout cela est ridicule, et à quel point nos questionnements ne sont que des jeux d'esprits pris trop au sérieux.
Pendant que mes pantalons sales n'aident pas leurs cas, la rosée, bien qu'on ne l'aperçoivent qu'en allant chercher le journal, est là bien avant l'aube, et je regarde en vitesse la photo que j'ai enfin cru percevoir comme suffisante. Mais tout à coup, le fixe me prend, le regard me perd, la chaîne de ma raison tombe, et je ne suis pas encore assez habile en vélo pour la remettre en place juste en pédalant. Du coup je tombe. Les herbes hautes me cachent maintenant de la vue des passants absents d'une route de campagnes tellement longues qu'on se demande comment on a pu la terminer sans se tanner. La raison est tombée mais le coeur persiste.
Pause, il faut lire moins vite là, avec plus d'émotions.
J'entrevois dans le triste ondoiement du blé mouillé l'inutilité de ma solitude. Le blé crache sur mes idéologies raisonnés, sur la domination du penseur, sur mon existence qui s'est cru à force de croire le contraire. J'ai le cul mouillé. Elle n'est pas là. L'appareil traîne dans l'eau. Qu'est-ce que ses yeux peuvent bien voir en ce moment? Il y a de l'eau partout, c'est à croire qu'il vient de pleuvoir. Cela ce pourrait-il qu'elle pense à moi. Ses yeux doivent être bien trop occupés. La rosée coule sur les blés à la même vitesse que les larmes sur moi. Je ne les arrêtent même pas lorsqu'elles se jettent en bas des joues. Elle est tellement loin, et moi j'ai rien fait. Je voulais pas l'empêcher de partir. Juste lui dire. Dire. Quand tu regardera, essais juste de m'apercevoir au travers de tout ça. La lune ne fait pas grand chose de plus qu'à son habitude. Je l'aurais bien embrassée, juste pour voir qu'est-ce que ça pouvait bien donner. Et peut-être la sentir crouler dans mes bras nouvellement fort, exprès pour la retenir. Une voiture passe rapidement sans même jeter un oeil aux malheureux qui traînent dans les ravins.
Le grand art est perdu
Autant dans les mots qui l'écrivent que dans la photo racontée.
Le texte aime trop pour être bon. Les mots sont trop chargés pour être recherchés. Ils ne veulent plus être beau, ils ne veulent plus être original, ils ne veulent plus se démarquer, ils ne veulent plus être des mots qui se battent contre d'autres mots écrits par d'autres, ils veulent seulement exploser. Pas nécessairement faire du bruit, juste exploser. Crever l'abcès.
La photo n'est pas mieux. Elle est vide, elle n'a trouvé de preneur que le foutu thème auquel est se rapporte. Elle est son enfant, elle n'a d'autre utilité que de lui rendre grâce. C'est dégueulasse.
Mais ou trouver un juste milieu? Même pas. Pas un milieu, un extrême des deux. Un art qui dirait vrai. Une technique bien faite qui saurait comment le dire, sans être cliché. Un vrai beau pas quétaine.

Je me relève bientôt, parce que même la nature se lasse des tragédies qui n'en finissent plus. À un moment, la lune qui semblait n'être là que pour te peser encore plus, trouve que tu commences à en mettre un peu. Les blés, toujours ces maudits blés, si lugubres tout à leurs gré tout à l'heure, redeviennent des foutus blés qui seront probablement bouffés par les lapins. Et les larmes sèchent quand plus personne t'encourage au contraire. Seul la musique pourrait repartir le train, mais je n'en ai pas sous la main.
Je me relève. Mon cul est mouillé. Tout est si détrempée qu'on dirait qu'il a plu. L'air est frais depuis un moment. Je m'en rend compte. Je retourne à la maison. La vie n'aura pas changé là-bas.

Le problème avec les thèmes c'est quand on se les approprie. C'est lorsqu'on en prend la certitude, lorsqu'on dit que celui-là c'est le bon, qu'il est à nous. Alors on le précède de noms personnels, on dit mon thème, on dit moi. On dit je. C'est de là que vienne les complications. Sinon, on pourrait bien écrire, avec détachement, voilà. Mais alors, peu importerait qu'elle soit là-bas ou ici.

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