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Les élucubrations Laterroises | Bloguez.com

29/8/2009 -

La bad Luck

 

C'était comme quand sa mère lui avait finalement permis de prendre la voiture. La même chose. Le sourire, la démarche fière -et pourtant-, l'assurance, tout était comme lorsqu'il avait pu aller chercher du lait avec l'auto.
Dans un blizzard de noir d'hiver, mais à peine froid, seulement très obscur, Jacques c'était perdu. Les cartes de l'endroit ne lui disaient rien, pas plus que les noms dessus, qui ne se reproduisait pas devant lui. Il n'y avait pas de jolie Rue des Myrtilles, de Rue des Églantiers, de Rue Charnelle; non, c'était seulement la route, l'automatique, l'autoroute, devant lui, à 100 à l'heure, ou dans les environs, et le noir que perçait par peine ses phares, maudite lumières de compagnie.
Jacques détestait son nom, osti de nom lette Jacques, pensait-il souvent, c'est tellement vieux, pis brun, pis poilu, que je suis certain que y'a personne qui voudrait écrire d'histoire avec un Jacques. Sauf Tob, mais lui il conte pas. C'est bien ça qu'il se disait, Jacques, l'apôtre déchu dans la nouvelle noirceur, celle des autoroutes en panne d'électricité, celle des imbéciles qui ne savent pas retrouver leur chemin.
Quoiqu'il en soit, sa propre appellation l'intéressait moins pour le moment que de se retrouver dans ce foutu bourg il n'avait jamais voulu être.
Faux. Il adorait se mentir jusqu'à ce que ça émane de lui, jusqu'à ce qu'on ait l'impression qu'il mentait pour vrai. Qu'il disait vrai lorsqu'il disait faux. C'était un bon menteur, en somme. Il avait ardemment voulu y aller, dans ce foutu bourg, près du milieu des terres. C'était le genre d'endroit qui, lorsqu'on l'observait de loin, paraissait perdu dans le monde même, sans sud ni nord ni ouest ni l'autre; et qui lorsqu'il était étudié de près, donnait cette même impression d'incohérence métaphysique. Les ruent suintait la stabilité des montagne, mais les gens dessus n'allait nulle part. Du moment où le petit restaurant ouvrait jusqu'au coucher du soleil, les habitants habitaient vraiment leurs ville, la hantaient pour ainsi dire. L'instabilité dans le roc, la tête du sage qui tourne, l'osti de village trou qui accueillerait un festival. Jacques n'adorait pas particulièrement les fêtes de ce genre, et justement, bien que ce bourg soit ce qu'on pourrait sans nul doute nommer "un osti de village trou", il ne possédait pas son propre festival. Jacques n'aimait pas grand chose, mais ça lui plaisait comme village. Il avait demandé depuis longtemps à sa femme Marie-Madeleine, de s'y installer, elle et lui, en amoureux qu'ils étaient. Il demandait, et elle se chargeait d'accepter ou le contraire. Lorsqu'elle avait fini par dire oui, lorsque les arguments de Jacques avait fini par la contraindre (tu va enfin pouvoir te faire oublier un peu du monde, après tout ce que tu as fait -madame n'avait pas de passé bien réglé- en plus tu vas pouvoir te reposer un peu, avant le début du procès -madame n'avait définitivement pas réglé son passé) à venir s'installer au bourg.
Suite à cette acceptation, Jacques s'était senti comme la première fois où il avait pu prendre la voiture de maman, quand elle lui avait tendu les clés, en prenant bien soin de retarder le plus le moment où ils atteindraient sa main de chauffeur persuadé de ses capacités. Pareil.
Mais la, dans l'osti de blizzard, Jacques regrettait amèrement ses sophismes, et violentait de plus en plus le volant, qui le menait toujours droit, même sans lui, même sans ses mains, règle de la nature. Un dispositif rotatif, une fois lancé, tend à résister au changement de son orientation. C'est dit.
Le mouvement ne tendit cependant pas, car Jacques ralentit bientôt jusqu'à l'arrêt complet. Il s'arrêta en plein milieu de l'autoroute, en prenant bien soin de ne pas se ranger d'un côté plus que d'un autre, et éteignit le moteur. Il ne bougea pas pendant un instant, la main encore sur la clé, le regard en loin, le souffle lent comme jamais.
Le blizzard résonnait étrange sur la carrosserie de la voiture. Un Honda 95. C'était peut-être la marque.
Le blizzard, étrange forme d'une étrange chose.
Le blizzard, qui sonne étrange sur les carcasses de Honda 95.

Puis, tout d'un coup, sans préavis ni rien du genre, le temps a couru et tout s'est passé rapidement. Jacques est sorti de sa voiture, a refermé la porte, a réalisé qu'il avait encore les clés dans les mains, les a balancé dans le noir du fossé, a réalisé que la porte de la voiture était fermé, a commencé à grelotté dans son manteau fait pour tout sauf pour ces circonstances là, a attendu tout de même. Il a attendu, mais rapidement, même quand on gèle et que le temps est long on peut attendre rapidement, alors il a attendu, la face au grand vent, comme celui qui veut comprendre quelques chose.
C'était peut-être ça.
À un moment, il a levé les mains, puis les a rabaissé, parce qu'il avait l'air fou, même dans le noir, même dans la tempête, même tout seul. Le visage cependant continuait de craqué à force de coup de froid.
Puis, encore rapidement, des lumières au loin, il ne les voit pas, puis il les voit peu, puis il les voit c'est indéniable. Il se range sur le côté, assez loin pour éviter un tête à queue d'amplitude moyenne. Mais la voiture, en frappant la sienne, fait plutôt un espèce de tonneau, par en avant, mais retombe sur le coté, étrangement. Peu importe la figure, ça fait powf, et fort, puis les lumières s'éteigne, et Jacques a encore le visage au vent au ciel un moment. Puis il l'abaisse et voit un homme, probablement le chauffeur, sorti de la voiture capotée. L'homme porte sur son visage les traces de l'accident, évidemment. Il voit Jacques qui est devenu impassible depuis cinq heure, et semble l'implorer plutôt que de lui en vouloir. Peut-être ne sait-il pas que c'est lui le fautif dans l'histoire.
Jacques n'en peut plus de cette pitié, de ce sentiment qui lui brise le coeur, de cette aumône si bassement demandé. Il termine le travail de la collision et l'homme tombe par terre, sans powf, parce qu'il y a beaucoup de neige sur la chaussée qui n'a pas été ramassée. Jacques regardent une dernière fois la nuit.
Son regard réussi tout de même à le transporter jusque dans le fossé où il avait laissé ses clés, mais comme nous ne sommes pas dans un film, il ne les retrouve pas. Il trouve plutôt qu'il s'endort, énormément tout d'un coup. Il se couche en ange dans la neige, fait quelques rotations avec sa bras et ses jambes pour compléter le dessin, et s'endort. Définitivement.

Sa femme était une folle qui avait couché avec son meilleur ami. Il s'était reclu dans un village retiré d'on ne sait trop où. Il écrivait plus qu'il ne parlait.
Ça a été assez pour conclure à ce que tout le monde croyait. Peut-être était-ce réellement le cas.
Pour ma part, je crois seulement qu'il voulait comprendre, juste un peu, et que ce fut juste une bad luck. Mais au fond,
Dieu seul le sait.

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17/7/2009 -

Ça faisait longtemps, ça fait longtemps

 

Les mots ne se suffisent plus à eux même, par rapport à leurs innommable égocentricité. Innombrable aussi. J'ai les maux d'écrire loin de l'espéré. J'ai l'espoir qu'à force de m'éloigner, je me rapprocherai du parfait. En attendant, je me reproches les détours autant que les droites interminables. Interminables et à l'équerre. Plate en maudit.
Faut-il aimer les parties, ou seulement le tout? Peut-on se contenter d'aimer la moitié, le quart des mots que l'on donne?

Ou bien faut-il s'acharner sur chaque trait que l'on enfante?

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10/6/2009 -

Le grand départ

 

Le clair de lune éclairait à peine mes yeux secs qui n'aurait pas dû. Elle avait beau être presque pleine, il n'y avait rien à montrer, aucune noirceur à éclairer, aucune goutte à faire reluire. Pourtant il aurait bien fallu.
Tout ce que j'ai reçu d'elle qui aurait du être un baiser n'en était pas un. Oui j'aurais bien aimé. Là, peut-être que le chagrin aurait été visible, que des sanglots, même des peux de pleur, des parts de tristesse, auraient pu lui couler dans les cheveux que je sentais pour une dernière fois avant longtemps. Je n'ai pu que l'étreindre une dernière fois, les mains sincères mais le coeur absent. La grande tragédie ne se produisit pas, le renversement de l'homme en ruine fut absent, le moment où le coeur se coince et le tremblement se fait sentir fut en retard.
En retard parce que maintenant qu'elle n'est plus dans mes bras, le vide se fait sentir par son assiduité. Les murs sont bruns, les gens le sont aussi, et brun marde, et le soleil rayonne à peine moins brun que le reste. Mais on peut en vouloir à qui? Personne, parce que c'est comme hier. Le même teint qu'hier. Juste que sa couleur écarlate à elle n'est plus là. Mais à qui on peut en vouloir? Personne, et encore moins à elle. Je n'aurais pas voulu qu'elle reste.
Juste qu'on puisse se dire au revoir. Pour de vrai.
Il aurait pu y avoir de la musique, et puis les deux on aurait été seul et ensemble, mais avec personne, et puis nos regards en eau auraient pu se perdre des les nuages de salutation d'usage dans ces cas là mais que personne se rappelle pareil après. Ces mots qui font tellement de bien à entendre et tellement de dommage à dire, parce que tout le monde les a déjà dites de toutes façon, et que, même si on y croit, leur caractère intemporel leurs enlève de la crédibilité. Ouais, c'est pour ça qu'ils font mal, et pas parce qu'il faut les dire que lorsque quelqu'un s'en va. Les mots, donc, auraient coulés comme les larmes sur le plancher, tout aurait été douleur partout, les casseroles par terre n'auraient été que le décor découlant logiquement de cet enchevêtrement de tourment. Mes doigts se seraient crispés parce que maudit je veux pas que tu partes, les tiens aussi parce que merde comment j'vais faire sans toi. Nos têtes auraient été des pôles inverse et nos yeux auraient voulu se suivre jusque par delà la porte de la cuisine, jusque par delà le mur qui suit l'entrée, jusque par delà la fenêtre qui donne sur la cour, jusque par delà le fait que plus rien de nous se reverrait. Pas avant trop de mois. Pas, en avant, trot. Moi je resterais seul à marcher et toi tu serais encore plus resté même si c'est toi qui part, parce que c'était chez vous et que tu partirais juste le matin du demain. L'air frais de la nuit avancée ne me ferait plus rien. Les pas étouffés de moi qui ne saurait plus trop comment respirer serait sans glas. Toute volonté m'aurait abandonnée sinon celle de courir t'embrasser une dernière fois. Mais il n'aurait pas fallu parce que la les dernier adieux n'aurait plus été les derniers. Vous savez comment ça fait. On veut pas partir, puis on se brise le coeur à force de faire des faux départ, puis un moment il faut partir pour vrai parce que sinon ça pu de bon sens, parce que sinon ça devient pathétique, pis là on part. Mais même rendu à ce là qu'on part, on aurait le goût de revenir encore une dernière fois, pour faire encore plus dramatique, encore plus. Mais y faut pas, le climax est atteint. Ça serait mauvais pour l'histoire. Je serais donc resté dans la rue qui ne saurait plus trop comment me porter à marcher avec mes jambes raides comme du bois pleins de noeuds. Toi, tu te serais couchée sans pouvoir fermée l'oeil encore plein d'eau. Tes sanglot auraient tranquillement accompagnés le silence de la nuit par un rythme instable, toujours plus lent, contenant toujours plus des ces silence qui font mal à voir. La nuit noire dans une maison comme la nuit, le tic-tac lointain d'une horloge achetée en vacance, la réverbération de la lumière doré, trop doré, des lampadaires, la cuisine aussi mal rangée qu'au soir, le salon plat, les chaises qui attendent de servir puis, dans une chambre, au fond, la porte encore entrebâillée, une jeune femme qui ne dort pas mais qui respire trop lourdement, la tête dans sa douillette qui n'est plus douillette du tout, et ses sanglots arythmiques qui éclatent doucement, comme si elle avait voulu les retenir mais qu'elle en était incapable, doucement, comme si elle n'avait voulu déranger personne même si il n'y avait personne. Il n'existe rien de plus navrant sur cette terre.
Il aurait pu y avoir tout ça. Mais la lune blanche n'a rien éclairée dans mes yeux, sinon du désespoir, mais sec, mais rude, mais comme si j'étais un homme, voyons. Tout a été dans les mains, mes mains qui t'enserrent une dernière fois avant trop longtemps, avant qu'ils aient oublié comment faire. Je crains fort que les mains ne te fassent pas le même effets que les pleurs mêlés aux mots. Mais moi j'avais les maux dans les mains et le vide dans la tête. Comme si il ne fallait plus y penser, déjà, mais ce n'est pas ça, promis.
Parce que j'y pense encore. Quand ça fait trop mal, on ne sent plus rien, quand ça fait trop de mal, on ne pleure plus.
Si il y a quelques choses qu'on ne peut pas rejouer, c'est bien les adieux. Saches seulement que j'aurais voulu que ça soit un peu mieux que ce que j'ai pu t'offrir. On offre mal des adieux, c'est vrai, mais moi je te les ai mal donnés. Je ne veux pas te bouleverser avec tout ça, au contraire. Je souris à l'idée que tu respires enfin. Je le redis, j'aurais pas voulu que tu restes.
C'est juste que là, maintenant que le brun me saute dans la face, je comprend un peu trop qu'est-ce que je viens de perdre.
Ça aurait pu être bien différent, ça ne l'a pas été. Qu'est-ce qu'on peut y faire? Mais rien. Mais rien. Comme si on avait déjà pu faire quelque chose. Et pourquoi, au fond, j'aurais voulu faire ça comme ça? Mais je ne sais pas.
Ah, si.
Peut-être qu'au fond, ça aurait été ma façon de te dire
Tu penseras un peu à moi, là-bas.

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1/6/2009 -

La romance de la crêpe

 

Le pavé de St-Denis n'est pas plus gris qu'à sa construction, mais nécessite plus d'entretiens parce que personne ne s'en occupe. Ce pavé croule sous l'indifférence des passant indifférents qui, de nuit comme de jour, d'été comme d'hiver, lui violent une partie de son intimité, intimité qui n'est plus. Intimité déjà violée alors qu'il n'existait qu'à peine, et les deux traces de mains dans le bas de la rue sur la gauche, le prouvent bien. Marie - Steph 78.
Les gens gris comme le pavé abusent de leurs pieds le pavé qui n'a rien fait. Il est là pour ça dira-t-on, et vous, pourquoi êtes-vous là? Vous attendez de mourir en ne faisant rien. Quand on ne fait rien, le temps est long, même si ce n'est que dans notre tête car le temps reste le même qu'il soit vide ou comble. Vous ne faites donc rien, et c'est long, et vous essayez en plus de retarder votre mort avec les omégas et tout ce qui va avec, je ne m'étend pas la-dessus, sans que vous ne sachiez trop pourquoi. Alors vous souillez le pavé parce qu'il n'a rien fait, et vous pour faire quelques chose. Mais marcher n'est pas assez pour accélérer le temps et vous marchez longtemps sans que cela ne change rien à votre malaise. Vous violez, vous ne vous sentez pas bien, mais pas à cause du pavé, ni à cause des autres qui vous bousculent, non vous vous sentez mal parce que la vie est longue. Les remords ne sont pour ceux qui n'ont pas de nombrils. Le mot tend à devenir inutile, le terme tend à disparaître tant on ne l'utilise plus. Évolution logique des choses.
Le pavé soutiens des marchands, comme on dit même si ils restent sur place, avec leurs stands à nourriture quelconque, qui peuvent bien égayer la journée de certains oiseaux mais qui ne font que sentir mauvais pour le gens lent qui violent longtemps. Appelons-les marcheurs, pour la concision du texte.
Un des marchand vend des crêpes. Il y a longtemps, cet homme était enfant. Il y a longtemps, il aimait les crêpes aux marcheurs. Maintenant, tout ce que les crêpes lui rappellent, c'est la mauvaise odeur de la pâte brûlée, les doigts collant de sucre, les mêmes enfants qu'il a été, chignant que c'est long, chignant pour que leurs parent leur payent une crêpe, chignant parce que papa veut pas, chignant tout court, lui qui doit sourire parce que c'est son travail; ça lui rappelle aussi les soirées harassées, les nuits courtes, les réveils à cinq heures du matin, le désespoir qui les accompagnent, les yeux qui piquent tellement qu'ils pleureraient leurs misères mais qui sont trop fatigués pour le faire, les muscles tellement endoloris, mais qui doivent sortir du lit quand même parce que le stand à crêpe s'ouvre pas tout seul.
Voilà à quoi les crêpes au sucre de son enfance lui font penser maintenant.

À force de solitudes, on se regroupent. Ainsi, le crêpier se fit ami du pavé. Tout deux partageaient leurs solitudes, leur invisibilité.
Les arbres en face du crêpiers étaient bien vert, comme se doivent de l'être les arbres qui se respectent, et lui, contrairement à l'habitude, s'était peut-être adouci, à cause du soleil peut-être, même si cette foutue boule lui faisait plus souvent qu'autrement perdre la sienne. Beau temps était signe d'achalandage épars au stand de crêpe. Tout le monde mais les belles femmes surveillent leurs poids.
Le soleil faisait peut-être son beau, mais le crêpier n'en était qu'à une ébauche de beau, et le pavé, gris, toujours invariablement gris, intègre au-moins, lui, lui poussait un air maussade. Techniquement parlant, il ne poussait rien, car le béton a de cette capacité qu'il tient ferme, et qu'il demeure inébranlable dans son immobilité. Encore de l'intégrité, tient. Du coup, le vert des arbres d'en face, protégeant les nouveaux amours, et le pessimisme résolu du pavé lui donnaient, mélangés ensemble, un drôle d'effet bonheur tragique. Comme si le banc d'en face était une ben belle vue, mais que lui était pas comédien. Que lui pouvait même pas se payer un billet, que lui était guichetier.
-Deux crêpes, avec du suc'.
Le crêpier quitta le verdelet des feuilles.
-Pardon?
-deux crêpes avec du suc'.
-Ah. C'est vrai...
-Quoi, c'est vrai? C'est sûr que c'est vrai simonac.
-Je me parlais à moi-même, désolé.
-Tu t'parleras tu seul plus tard. Fais-moé mes crêpes.
Silence lourd entrecoupé de soupir d'irritabilité et de cuisson à l'huile de canola.
-Voilà monsieur. Ça va faire 3 dollars 80 s'il vous plaît.
Quatre dollars moins 3,80, le crêpier remet vingt sous que l'autre prend bien soin de ne pas mettre dans le pot à tip. Le marchand fait son meilleur sourire pour l'heure, tentant un dernier rapprochement impossible entre le fournisseur et l'acheteur, comme si il était peut-être encore décent d'espérer un peu d'humanité de quelqu'un avec quatre piasses dans ses poches.
Puis, les crêpes partis, le papier ciré qui les enveloppait par terre, les reste de pâte qui coulait d'un peu partout sauf des toits bien entendu, le crêpier considéra le crêpeur. Il n'avait pas quinze ans.

Les jours raccourcissait au même rythme que le souffles des affaires d'été. Les touristes n'ont rien perdu de leurs grâces. Les tours Eiffel miniatures se vendent aussi bien en euro qu'en franc, les caméras numériques n'ont fait qu'allonger les soirées plates, et même en vacance tout ce qu'on veut encore, c'est magasiner avec son osti de Mastercard. Le crêpier sentait bien que l'hiver allait s'installer tranquillement, le laissant au maigre salaire des habitués. Les habitués rapportent rien, ils gratte la cent, suce la piasse, avare comme dix, bavard comme on n'en voudrait pas parce que pathétique comme c'est pas possible. Lui colle à la pâte pour manger, eux mangent la pâte et collent parce que c'est un hobby. Le crêpier aimerait comprendre, mais il ne comprend pas. L'odeur de son stand de crêpe, les doigts sucrés gommant les ustensiles pas toujours propres lui bouchent la tête. L'odeur lui enfume la cervelle, les doigts bouchent ses oreilles. Tout est gommant à la fin de la journée, bravo.
Un jour, ça devra finir, ça devrait finir. L'histoire, je veux dire. Parce que le crêpier, du moment où il sera fini, on le remplacera parce qu'il faut ben que quelqu'un ouvre le stand de crêpe. Ça sera pas un problème, ça c'est certain. À la limite quelqu'un qui aimera ça un moment, un qui ne pensera pas, qui ne pensera qu'à ça, un être bien élevé, conforme à ce qu'on attend, qui aura fait un DEC pis peut-être l'université, qui aimera son travail comme on aime faire l'amour, qui se parfumera la samedi avant de se soûler avant de sortir avant d'vomir. Qui arrivera le lundi matin au stand de crêpe heureux, parce qu'il se sera vêlé en fin de semaine, parce qu'il aura sauté en fin de semaine, parce qu'il se sera payé du bon temps en fin de semaine et surtout parce qu'il retrouvera son travail de semaine. Et en plus, il y aura une nouvelle sorte de papier ciré.
Le pavé de la rue Saint-Denis, lui, ne bronchera pas plus qu'il ne l'a jamais fait. Il sera gris voilà tout. Pas noir, même si il aura perdu son copain. Le nouveau crêpier ne le verra pas, regardant au ciel sa douce destiné s'étaler comme une crêpe au suc' à une piasse et quarante.
La romance de la crêpe aura duré le temps d'une vie. L'homme un matin, en se rendant à son stand de crêpe, aura brûlé, une fois de trop, cette fois une rouge. Cette fois où un trop gros camion n'a pas voulu lui passer sur le corps mais où l'inertie en a décidé autrement.

Tags : vert de gris pave crepe crepier gris vert paquet cadeau

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30/5/2009 -

L'hauteur du grand

 

Mais que direz-vous, arrivé devant le terne, elle, lorsqu'il vous posera comme des questions, du moins des paraphrases duquel vous devrez vous trouver une réponse? Eh bien? Vous direz quoi? J'ai été bon, seigneur, je n'ai voulu que le bien de ma famille. J'ai péché à l'occasion, l'église n'était mon fort, qu'à Noël, et encore, seulement lorsque la petite chantait, et encore, mais je vous assure que j'avais la foi, la foi! La dernière foi que tu as eu est trop éloigné pour que tu puisse t'en rappeler! Tu pouvais bien mentir à tous, mais pas à moi, oh moi Saint-Père-Directeur-de-La-Résurrection, je te connais, comme tous les autres d'ailleurs, mieux que toi même. Je sais ce que tu a mangé, voilà un mois! Mais seigneur laissez-moi une chance. Pourquoi? Parce que. Et tu te trouve drôle? Jamais, plutôt insolent d'oser demander une faveur éternel au père tout aussi long, mais mes genoux qui flanchent par endroit prouvent mon honnêteté. Tu as raison petit insolent, tes jambes aussi blanche que les vacanciers, aussi poilus aussi, sont maigres. On dirait que tu n'est que les restant raté de mon modèle parfait; l'homme! Ah! L'homme, quel ouvrage magnifique, n'est-ce pas? Mais, c'est que... Que quoi? Il n'y a machine plus fonctionnelle qu'elle sur terre, plus autonome. Je n'ai qu'à faire un peu d'ordre par-ci par-là lorsque vraiment nécessaire, et encore. Des machines, Bon-Seigneur-Dieu-Fort-Et-Beau-Et-Barbu? Bah, ne t'offusque pas de si peu. Je ne le suis point Maître-Infini-Du-Destin-De-Mes-Couilles. Machine, homme, animal, construction, faune, flore, création. N'est-ce pas la même chose au fond? De votre point de vue Grand-Seigneur-Ne-Pétant-Point. Pourquoi donc, ne les considères-tu pas comme tel? Des machines qui s'auto-suffisent, voilà tout. La démarche de vos masses sont aussi ridicule que n'importe quel fonction mathématique. Les mathématiques, parlons en donc! Qui de vous a trouvé cela? Euuu, Mon-Omnipotent-Maître, c'est que, je ne sais pas. Et Bien moi je sais....

Il venait de reposer le crayon. L'auteur n'en pouvait plus, mais il était satisfait, et le sourire qu'il arborait en était celui de l'homme satisfait. Certes, son petit effet de dialogue dans un même paragraphe n'était pas mal du tout, même si au fond il avait déjà vu cela à quelque part. Les professeurs ne nous enseignent pas que la vie. Et puis il était fatigué, l'auteur. C'était un bon auteur, il écrivait des romans policiers, mais empreint de cette philosophie qui les rendent tellement profond, tellement intelligent. Parfait mélange de récit et de contenu. Mais bon, pour l'instant, il se penchait sur son épopée classico-fantatisco-comico-philosohio-humaine, un espèce d'histoire poche sur un gars qui allait devant Dieu pour lui jaser, question de pouvoir avoir une place au paradis, parce que le travail ne lui disais plus rien. L'idée était mauvaise, et à vrai dire l'auteur aussi, mais il était auteur, et de polar, et de polar philosophique, alors il se croyait bon auteur, et hautement estimé en plus, alors il se cru en moyen d'épater la galerie avec un texte vachement profond et bien écris, question de faire douter son éditeur mais de s'assurer le titre d'artiste.
Il était sur la bonne voie. Le style était nouveau, du moins dans son conscient, et les mots commençaient à sortir à un bon débit. Celui de l'innocence. On n'arrête pas d'écrire, mais on réalise ce qu'on écrit, et c'est pas facile pour l'égo. Mais lui était auteur de polar, et philosophique s'il vous plaît, alors son écriture, ses mots, même automatique, étaient excellent.
Il n'y a qu'un seul point auquel il n'avait pas réfléchi. C'est qu'il ne réfléchissait pas.
Parler de Dieu et de ces trucs là n'est pas mince affaire. Parler de ce qu'il pense, ça commence à être épais. Réfléchissez sur un meurtre, mais abstenez-vous, s'il vous plaît, de tenter d'écrire les pensées d'un qui en sait trop. La face vous perdra, le ridicule vous prendra, mais surtout, la folie vous dépouillera.
Mais si quelqu'un en revient vivant, qu'il vienne me voir, et qu'il m'explique, je l'en pris,
pourquoi les gens sentent le besoin de mêler philosophie et polar.

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